Recension

Adikou
de Raphelle Red

Gabriel Kombassere Roman francophone

Au-delà de l'identité, le passé et la politique mêlés à une bonne dose d'humour

Pour un premier roman, Raphelle Red a réussit à tout servir sur un même plateau, notamment l'identité, le passé et la politique, avec tact et style.

Résumé

Il s'agit de la vie de Adikou, qui se lance dans un périple sur les traces d'un père (né à Aklako — qui signifierait « Là où on s'est reveillé » — au Togo). Elle semble dépaysée :

« – Je peux t'apprendre des mots, hein, si tu veux. De quoi venir ici, prendre une Zémidjan, enfin une moto-taxi,… Ton père ne t'a jamais parlé en éwé ? » P.22

Pour s'en convaincre, elle semble ne pas maîtriser la vraie prononciation de son nom (Le Professeur l'appelle AdikikUI. Voir P.41). Elle rencontre enfin son père mais se sépare de lui (P.201).

Une narration cinématographique

Dans Adikou, on suit la trame de l'histoire comme si on suivait un film. Il n'y a pas de pause dans la narration qui est faite souvent du prolepse et de l'analepse avec une narratrice homo- et hétérodiégétique par endroit.

Du point de départ de la chambre, à Lomé (dans la voiture du Professeur, puis à la frontière béninoise) en passant par Roissy Charles De Gaulle et aux USA, tous les petits moments sont scrutés avec précision comme le script le fait pour un film :

« Elle a plié son corps et remballé ses sous, collé sa carte d'embarquement contre le scan de la porte automatique, battu quatre fois les paupières humides avant de les sécher à la clim. » P.13

Couper les cheveux en quatre…

Dans Adikou, tous les détails comptent dans la narration. Pour cela, les répétitions sont très utiles :

« C'était l'été, et j'avais mes habitudes…
C'était l'été et je transpirais dans le polo jour après jour » P.9

Se tenir à carreaux face à la discrimination raciale

Dans une société où le métissage est souvent facteur de discrimination, Adikou propose un deal : « le fifty-fifty ». Tout Homme n'est-il pas d'ailleurs la somme des moitiés ?

« Elle a dit qu'elle ne l'était pas vraiment, noire, plutôt fifty-fifty, impur produit de la somme des moitiés. » P.25

Politique et activisme

Le roman rappelle les élections présidentielles de 2017, qui ont vu venir le candidat républicain Donald Trump à la tête des États-Unis. On sent par moment des passages qui font penser aux luttes historiques telles celle de Rosa Parks, le 1er décembre 1955 :

« Mais bougez-vous le cul marchez marchez celles et ceux d'entre nous qui en ont la force marcheront avec vous. Et qu'on ne vous entende jamais exhorter l'une des nôtres à se lever comme si être assise là où elle l'est n'était pas déjà une bataille. » P.31

La séparation comme philosophie

Pendant que son père, qu'elle a enfin rencontré après un long périple, digère mal une énième séparation, Adikou loue la séparation :

« Bénie est la pourriture. Béni soit le pourrissement, car il est cycle. Car il est une voie sans issue. Bénie soit la voie sans issue car elle est tombe. Bénie soit la tombe car elle est foyer. » P.205

Pour un premier roman, Raphelle Red a réussi à tout servir sur un même plateau, notamment l'identité, le passé et la politique, avec tact et style.

Auteur de la recension : Gabriel Kombassere